Résidences d’artistes à l’école


Depuis 2009, l’éducation artistique et culturelle est une mission prioritaire des ministères de l’Education Nationale et de la Culture. Son objectif majeur est de favoriser la sensibilisation à l’art, à travers l’acquisition de connaissances et de compétences, liée aux différentes formes d’arts et leurs histoires.

En 2011, pour la première fois, nous avons collaboré, à la demande de l’éducation nationale, à une formation destinée à l’ensemble des enseignants d’un quartier. Elle avait pour but de réfléchir sur le parcours culturel de l’élève de la maternelle à la fin du primaire, en se basant sur les propositions de médiation culturelle du Théâtre Lillico et des témoignages d’actions réalisées, comme les résidences d’artistes en milieu scolaire.

Résidences d’artistes à l’école
Depuis 2010, avec le soutien de la Drac et de la Ville de Rennes, nous avons organisé des résidences d’artiste dans les écoles.

Chaque résidence sera différente, en fonction de l’école, de l’âge des enfants, de la compagnie et/ou de l’artiste, du moment et de l’axe choisi pour la résidence. C’est d’ailleurs ce qui fait la richesse de la résidence. La priorité réside en l’envie et la volonté pour chaque acteur du projet de mener ce dernier à bien.

Une résidence d’artiste n’est pas forcément définie sur une longue période.. En 2014, nous avons accompagné les résidences du bob théâtre – La Bobine en lien à la création de « Petite Mélodie pour corps cassé » à l’école Noël du Fail à Vern, à la crèche Marie Curie à Rennes, chez une assistante maternelle. La compagnie est ainsi venue dans ces lieux durant trois jours en janvier, trois jours en mars, puis trois jours en juin.

A quoi servent ces micros-résidences ?

Dans l’esprit de l’EAC, ces résidences permettent aux compagnies d’être pendant 6 mois dans une démarche de création. Elles sont également un outil pour apprendre autrement en créant des situations de plaisir qui permettent, grâce à la rencontre artistique, de valoriser les enfants individuellement mais aussi collectivement par un travail de groupe. Ces projets sont maintenant reconnus comme un facteur de réussite supplémentaire pour l’école, ils créent de la confiance, de l’envie, de l’écoute collective, ils favorisent la construction d’un regard critique tout en permettant l’apprentissage des savoirs. Les résidences d’artistes sont aussi pour les familles, l’école, le théâtre des projets qui favorisent la fréquentation des lieux culturels, grâce aux visites, à la pratique sur le plateau, aux présentations des projets sur scène en fin d’année, à la découverte de spectacles.

Résidence d’artiste à l’école
Rencontre avec
Fanny Bouffort en résidence d’artiste à l’école des Gantelles / Rennes

Vous travaillez sur un nouveau projet, L’Appel du dehors, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
L’Appel du dehors est ma deuxième création et à cette occasion, j’ai envie de parler de ce que c’est de se sentir libre. Pour cela, j‘ai choisi de me servir de la métaphore des plantes. Je travaille sur le mouvement de liberté, comme par exemple celui d’une graine contenue dans la terre, qui s’en nourrit, et au moment décisif, perce la surface pour s’épanouir à l’air libre. Pour raconter cela, je travaille avec un texte de théâtre : Lys Martagon, une pièce écrite par Sylvain Levey. Il s’agira de faire une sorte de portrait de l’héroïne de cette pièce, elle s’appelle Lys, elle a le nom d’une fleur et elle nous donne son propre point de vue sur la beauté du monde. Je vais aussi m’appuyer sur des paysages d’objets pour raconter son histoire, passant du plan large de l’immensité de la montagne, son « domaine », au plan serré et mettre en lumière ce que cette jeune fille contient au fond d’elle.

Vous allez, à partir de janvier 2019, être en résidence à l’école des Gantelles
à Rennes. C’est un grand terrain d’expérimentation pour vous ?

Oui, j’ai très envie que des enfants soient partie prenante de ce processus de création. Je suis très curieuse de voir comment ils vont m’accompagner dans cette recherche. Je cherche à figurer une notion philosophique : la liberté, à rendre visible ce sentiment et faire en sorte qu’on se questionne là-dessus. J’ai envie de confronter mon point de vue et le leur, et de voir où l’on se croise.

Quel est votre place en tant qu’artiste au sein de l’école ?
J’espère bien être adoptée par cette grande maison, faire partie de la famille ! J’aimerai que cette présence soit à la fois exceptionnelle, qu’on en fasse ensemble un moment d’exception et en même temps que je puisse faire partie des murs comme n’importe quelle autre personne à l’école. Ma place, c’est celle du décalage. Mon atelier sera un espace dans lequel nous contournerons les codes établis et en mettrons d’autres en place, pour regarder le monde un peu différemment, et pour donner une autre couleur aux choses ou une autre échelle.

Avec cette résidence d’artiste à l’école, c’est un nouveau voyage qui commence dans le processus de création…
J’ai décidé de mettre en place trois temps forts dans l’année où je proposerai différents ateliers, événements autour de mon projet de création. Et le reste du temps, je serai présente de manière plus quotidienne et souterraine, en observation, en écoute et en travail d’atelier. J’ai proposé à Hélène Reveillard, de participer à ces temps forts, elle anime des ateliers de philosophie. J’ai envie d’embarquer les enfants dans une réflexion de la même manière que celle des philosophes ou des chercheurs, on cherchera à définir ensemble ce que ça veut dire se sentir libre, ce que c’est être normal, comment on pourrait nommer tout ce qui nous entoure… À partir de ces discussions, j’aimerais les inviter à glisser tranquillement vers une transposition artistique et poétique, avec des textes et des objets. De la même manière que je travaille sur mon propre spectacle.