Résidence d’artistes

La création a toujours été une priorité au sein de notre établissement et nous travaillons avec les artistes qui ont un projet artistique et qui le défendent. Le spectacle vivant -à destination du jeune public est un laboratoire d’expérimentations, nous le savons. Accompagner la création, c’est l’impulser également et se nourrir des projets naissants. Prendre le temps... celui de penser, de construire, de créer...
Pour ce faire, nous œuvrons avec les équipes professionnelles qui ouvrent aux compagnies les portes de leurs théâtres ou de leurs lieux de vie. Des projets d’actions culturelles peuvent être imaginés avec les artistes et les équipes en place pour offrir-aux enfants, aux équipes encadrantes et les familles, l’espace de quelques mois, -la possibilité de vivre, avec l’artiste, la naissance d’un spectacle ou d’un projet artistique.

Résidence de création
Rencontre avec Maud Gérard et Gilles Debenat
Drolatik Industry / Création Papic

Papic, votre prochain spectacle qui verra le jour en octobre 2019, est
une adaptation de Les Trésors de Papic d’Émilie Soleil et Christian Voltz.
Qu’est-ce qui vous a séduit dans cette histoire ?

G.D. : Après avoir surtout travaillé sur des spectacles tout public, nous avons
aujourd’hui le désir et la curiosité de nous adresser aux très jeunes enfants,
et sommes tombés sous le charme des Trésors de Papic d’Émilie Soleil
et Christian Voltz. Une histoire qui parle avec tendresse du temps qui passe
et du lien entre les générations. Si nous nous sentons concernés par
ce sujet, c’est aussi que nous sommes des personnes proches des 40 ans, âge
où l’on voit nos enfants côtoyer nos parents, cela donne à réfléchir au temps
qui passe ! Cela nous amène à porter un regard sur l’enfance, la famille,
notre futur, et à penser aux relations que nous avons nous-mêmes connues
avec nos aïeux. Cette conscience du temps provoque un sentiment étrange,
à la fois nostalgique et joyeux, qui lie fragilité et infinité. C’est ce contraste
de sentiments troublants, que nous avons le désir d’explorer à travers
le spectacle Papic.

Ce projet est en direction des tout-petits, qu’est-ce que cela a changé
pour vous ?

G.D. : Avec Papic, il s’agit vraiment d’un désir personnel, lié aux rapports
que j’entretiens avec mon fils et également à son lien avec ses grands-parents.
Ces relations posent la question de la transmission intergénérationnelle.
Ce qui a changé, c’est qu’en côtoyant un petit garçon au jour le jour, je prends conscience de sujets à transmettre aux petits que je ne percevais pas de cette façon auparavant.
M.G. : Cela change forcément notre manière de travailler, d’écrire, d’inventer…
Chaque projet éveille de nouvelles exigences. Papic est une pièce où l’image
et la musique prennent le pas sur le discours. Il nous faut créer un langage
poétique adapté, c’est toujours un challenge. D’autant que le public auquel
il s’adresse ne connaît pas forcément les codes du théâtre et viendra peut-être
pour la première fois voir les marionnettes ! C’est un peu comme si, tout en
construisant le spectacle, on cherchait à redevenir enfant, on n’en a pas tous
les jours l’occasion !

Vous poursuivez votre recherche autour de la marionnette, quelles sont
les évolutions artistiques majeures que vous avez pu constater ces quinze
dernières années ?

G.D. : Je n’ai pas l’impression qu’il y ait d’évolution radicale dans le domaine
de la marionnette, comme on peut le voir avec le cirque nouveau ou la magie
nouvelle. Ce qui se passe en marionnette, me semble-t-il, se situe plutôt
au niveau des mélanges entre disciplines qui ne cessent de s’accentuer (avec
la danse, le théâtre, la magie, le cirque…). On s’éloigne aussi de plus en plus
du stéréotype de la marionnette « pour enfants ».
M.G. : La marionnette est un art vivant, bien heureusement, elle évolue
avec son temps. Certains ont voulu l’éloigner de la tradition (qui pouvait
l’enfermer dans certains carcans…), ont inventé des formes nouvelles, l’ont
en effet mariée à d’autres formes d’arts, des techniques très contemporaines.
D’autres ont conservé la tradition au service de propos très actuels, etc. Est-ce
une évolution majeure que de dire qu’elle connaît peut-être moins de frontières ?
Elle porte, d’après moi, toujours en elle un côté subversif, un potentiel d’imagination
surprenant, aussi bien dans la forme que dans les sujets qu’elle porte. J’ai plaisir
à constater qu’on n’a pas fini de la ré-inventer, cette indémodable marionnette !

Papic est en cours de création, vous allez être accueillis en résidence…
C’est quoi pour vous une résidence de création ?

G.D. : C’est un temps indispensable afin de répéter le spectacle dans les meilleures conditions possibles, en étant loin du quotidien de la compagnie. C’est un temps de concentration qui nous permet de nous immerger complètement dans le travail.
M.G. : En résidence, on fait des deuils, on donne naissance, on fait des choix, on change de cap, on avance